Automédication : pharmaciens et industriels demandent le délistage de 33 molécules

La FSPF, l’USPO et NèreS présentent une liste de 33 molécules à rendre accessibles sans ordonnance, sous conseil pharmaceutique. Toutes sont déjà délivrées sans prescription dans des pays européens voisins.

Fait assez inédit au sein de la profession, les représentants syndicaux des pharmaciens s’allient à NèreS, l’organisation professionnelle qui représente les fabricants de produits de premier recours, pour proposer le délistage d’une trentaine de molécules. Généralement, les pharmaciens s’opposent à ce type d’initiative dans la mesure où ils craignent un impact négatif sur les volumes de vente des produits concernés. Signe que de nouvelles équations économiques se dessinent, sous la pression des déficits de l’Assurance maladie et de la nécessité de trouver de nouveaux gisements d’économies ?

Le principe défendu est celui d’un délistage sans déremboursement. Les molécules resteraient remboursables sur ordonnance, mais pourraient aussi être délivrées sans prescription médicale. Leur dispensation pharmaceutique serait encadrée par des critères précis, avec orientation vers le médecin si la situation l’exige. Une démarche qui évoque le dispositif OSyS, en passe d’entrer dans le droit commun dans les semaines ou mois qui viennent.

33 molécules traitant un large spectre de pathologies du quotidien

La dermatologie représente la majorité de la liste proposée. Les autres aires concernées sont la sphère digestive, la douleur et la traumatologie, ainsi que quelques indications isolées.

  • Dermatologie : antifongiques topiques (bifonazole, naftifine, tioconazole, tolnaftate, nystatine, miconazole associé à l’hydrocortisone), antihistaminiques topiques (dimétindène, dexchlorphéniramine, diphénhydramine, mépyramine, tripélennamine), alclométasone, sulfure de sélénium, chloroxylénol, acide hyaluronique.
  • Système digestif et métabolisme : rabéprazole (RGO), mébévérine (syndrome de l’intestin irritable), acide cromoglicique oral (traitement des symptômes d’allergies alimentaires) et benzydamine.
  • Système musculo-squelettique : étofénamate topique et dexibuprofène oral.
  • Système nerveux central : benzocaïne (douleur dentaire et des gencives), ibuprofène rectal, mélatonine (traitement de l’insomnie primaire/du jet lag chez les adultes) et cinchocaïne (douleurs et démangeaisons issues d’hémorroïdes, de fissures anales, de piqures d’insectes ou de brulures).
  • Système respiratoire : budésonide (rhinite allergique, congestion nasale…), dexchlorphéniramine (antihistaminique), diphénhydramine (prophylaxie et traitement des nausées et vomissements, erdostéine (infections respiratoires aiguës et des exacerbations de la BPCO en cas d’hypersécrétion), flunisolide (rhinite allergique dont rhume des foins), fluticasone (rhinite allergique / traitement prophylactique de l’asthme) et mométasone (rhinite allergique).
  • Autres domaines : l’antiparasitaire diméticone (poux) et l’ubidécarénone (déficience congénitale en Coenzyme Q10).

L’amélioration de l’accès aux soins

Les trois organisations inscrivent cette demande dans le contexte des difficultés d’accès aux soins liées à la désertification médicale. Elles s’appuient notamment sur le baromètre annuel réalisé par Toluna Harris Interactive pour NèreS (Bulletin de santé des Français), selon lequel 34 % des Français déclarent avoir renoncé à se soigner en 2025 et 26 % avoir eu recours aux urgences pour des maux du quotidien. Ils sont 90 % à faire confiance à leur pharmacien pour les conseiller et 83 % sont favorables à une prise en charge de davantage de pathologies du quotidien par les pharmaciens d’officine. Grâce à la solidité de leur maillage territorial, ces derniers sont en mesure d’y répondre, à travers notamment quelque 2 250 pharmacies implantées dans les déserts médicaux.

Au-delà de ces délistages, la promotion du premier recours en officine

Les syndicats officinaux et NèreS présentent une seconde liste, plus large, de situations cliniques que le pharmacien pourrait prendre en charge en première intention :

  • L’ophtalmologie : conjonctivite.
  • La santé de la femme : symptômes de la ménopause, douleurs prémenstruelles, douleurs liées à une endométriose déjà diagnostiquée, réduction des saignements menstruels abondants.
  • La dermatologie : acné modérée et mixte, eczéma après premier diagnostic.
  • Le VIH et les MST : traitement post-exposition au VIH, chlamydia et gonorrhée.
  • Des pathologies courantes : mal de gorge aigu, angine virale, otite externe, mal de dos, douleurs musculaires, nausées, tourista, toux, diarrhées passagères, poussée dentaire, douleurs dentaires, bouchon de cérumen.

Pour certaines maladies, ce second volet relève toutefois d’un autre cadre que le délistage. Traiter une chlamydia ou délivrer un TPE supposent un suivi et une prescription pharmaceutique qui se rapprochent davantage du dispositif OSyS, dont la lettre de cadrage ministérielle de septembre 2026 prévoit l’entrée dans le droit commun. La promotion des soins de premier recours en officine peut donc avancer par deux voies distinctes : le délistage de molécules d’une part, la loi et la négociation conventionnelle pour l’extension des missions pharmaceutiques d’autre part.

A quelques semaines des discussions sur le prochain PLFSS et dans un contexte de dégradation des comptes sociaux, la FSPF, l’USPO et NèreS veulent, de manière proactive, être force de proposition. Ce délistage aurait, selon eux, l’avantage de redonner des marges de manœuvre financières à l’Assurance maladie et d’améliorer l’accès aux soins de premier recours, tout en valorisant le rôle des pharmaciens d’officine. Pour les co-signataires de cette initiative, leur potentiel reste sous-exploité, « faute d’un arsenal thérapeutique à la hauteur de leurs compétences ».

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