David Abenhaim (PharmaBest) : « Notre réseau crée sa propre dynamique de croissance »

Précurseur du concept des « hyper-pharmacies », PharmaBest poursuit son expansion en France et accélère en Espagne. Créée il y a une décennie, l’enseigne affirme avec confiance son concept de hub de santé diversifié vers la beauté et le bien-être. Décryptage de son président David Abenhaim.

Vous avez inauguré cet été la nouvelle pharmacie du centre commercial des Terrasses du Port à Marseille. En quoi est-elle emblématique du modèle PharmaBest ?

David Abenhaim : elle l’est à plusieurs titres, à la fois par le projet entrepreneurial porté par ses deux titulaires et par la diversité de son offre de produits et de services. Cette nouvelle officine est issue d’un rachat puis d’un transfert au sein même des Terrasses du Port, lieu iconique à Marseille situé face à la mer, en plein cœur de la ville. L’opération a permis de quadrupler la surface pour la porter à 950 m2 d’espace commercial. Une dimension importante qui permet de déployer pleinement notre concept.

Cette ouverture est aussi un passage de flambeau entre deux générations de pharmaciens ?

D.A. : tout à fait ! Je suis d’autant plus fier de ce projet qu’il prépare la relève au sein de notre enseigne. Car il est porté par deux jeunes pharmaciennes, Julie Croce et Stéphanie Verny, qui ont démarré leur parcours professionnel au sein de la Pharmacie Prado-Mermoz, où elles y ont acquis les codes de l’enseigne et toutes les compétences pour piloter cette nouvelle officine. Nous apportons ainsi la preuve que de grandes pharmacies peuvent être créées ou reprises par de jeunes titulaires.

Il est important pour nous d’anticiper la transmission entrepreneuriale des pharmacies PharmaBest.
Nous travaillons à l’installation de jeunes titulaires adhérant à notre concept et attachés à l’indépendance capitalistique de la profession.

Une telle ouverture requiert d’importants financements. Comment sont-ils apportés ?

D.A. : pour soutenir ce type de projet, plusieurs options de financement sont possibles, associant apports personnels et prêts bancaires. Nous avons des partenaires solides comme le groupe LCL et sa filiale Interfimo (fonds de cautionnement). A travers cette opération, nous démontrons notre capacité à permettre à des pharmaciens de changer d’échelle, tout en préservant une totale autonomie sur le plan capitalistique.

Cette question de l’autonomie financière renvoie aux débats actuels sur la financiarisation et le rôle des groupements. Suite au rapport IGAS – IGF de mai dernier, les pouvoirs publics attendent plus de transparence sur leur modèle économique et leurs relations avec les adhérents. Comment réagissez-vous à cette attente ?

D.A. : elle me semble tout à fait légitime. Je suis d’autant plus serein que nous ne sommes pas concernés par le sujet de la financiarisation de la pharmacie, contrairement à ce que beaucoup s’imaginent ! L’indépendance financière et stratégique est au cœur même de notre concept. PharmaBest est détenu à 100 % par des pharmaciens titulaires et le groupement ne rémunère aucun fonds d’investissement. Nos relations sont donc transparentes et nous choisissons en toute autonomie nos priorités d’investissement.

PharmaBest continue d’ouvrir de nouvelles pharmacies tout en restant à l’écart du mouvement actuel de consolidation des groupements. Comment recrutez-vous de nouveaux adhérents ?

D.A. : notre réseau continue en effet de s’étendre, avec 147 pharmacies adhérentes en France mi-2026. Grâce à plus de 1 250 pharmaciens inscrits à l’Ordre dont 290 associés de Pharmabest et plus de 4 500 salariés, nous disposons d’un important « vivier » de professionnels ayant une solide expérience de notre modèle et partageant notre vision de l’officine. Le concept de grandes pharmacies diversifiées vers les services pharmaceutiques, le bien-être et la beauté est plus que jamais attractif. Il séduit nos nouveaux adhérents car il permet de faire grandir rapidement leur pharmacie. En conséquence, nous n’avons pas besoin de procéder à des opérations de croissance externe ou de former des alliances avec d’autres groupements. Même si je reconnais que cette consolidation est aujourd’hui nécessaire, le réseau officinal étant trop fragmenté.

PharmaBest demeure donc fidèle à son modèle initial.

D.A. : plus que jamais ! Nous restons convaincus que la diversification est clé et conditionne la pérennité de l’officine. Les pressions sur les prix et les volumes des médicaments remboursables sont telles qu’il faut élargir l’activité vers des segments de marché moins contraints économiquement. Nous continuons de diversifier notre offre dans deux directions : le hors médicament (parapharmacie, cosmétiques, compléments alimentaires…) et les services de 1er recours qui permettent d’améliorer l’accès aux soins. A titre d’exemple, la nouvelle pharmacie des Terrasses du Port à Marseille propose des services de prévention santé et a installé deux cabines de téléconsultation médicale. Avec une équipe de 27 collaborateurs, dont 6 pharmaciens diplômés, cette pharmacie est à la fois capable de gérer un flux très important de clients, répondre à la diversité de leurs besoins tout en restant ancrée dans le cœur de métier du pharmacien. Ce concept s’adapte à toutes les zones de chalandise et s’exporte même en Europe.

Justement, vous avez lancé PharmaBest en Espagne en 2025. Où en êtes-vous un an après ?

D.A. : mi-2026, nous avons 24 pharmacies sous enseigne et nous pourrions dépasser en fin d’année l’objectif de 30 que nous nous sommes fixé. Grâce à la qualité d’exécution de notre filiale espagnole, notre implantation est un succès. Le marché espagnol offre un grand potentiel de croissance car les pharmaciens y sont confrontés aux mêmes pressions économiques qu’en France, tant sur les dépenses de santé que sur le pouvoir d’achat des ménages. Sur le hors médicament, la concurrence y est d’ailleurs de plus en plus forte : les rapports de force entre laboratoires et pharmacies évoluent et ces dernières doivent renforcer leur capacité de négociation. C’est un des atouts que nous proposons aux pharmaciens espagnols.

Les critères d’adhésion y sont-ils les mêmes que dans l’Hexagone ?

D.A. : oui en termes de profil de pharmaciens. Nous attirons des titulaires entrepreneurs qui adhèrent à notre modèle de grande officine diversifiée. En revanche, le seuil de chiffre d’affaires y est plus bas qu’en France, environ 4 M€, ce qui est normal car la taille moyenne des pharmacies espagnoles est inférieure à celle des françaises. Mais certains de nos adhérents atteignent des CA annuels de l’ordre de 8-10 M€, ce qui correspond à la moyenne de nos adhérents en France.

Offre large et diversifiée, innovation et développement européen :
notre réseau crée sa propre dynamique de croissance.

D’autres implantations européennes sont-elles à l’ordre du jour ?

D.A. : oui, nous explorons d’autres pays où notre modèle apporterait une véritable valeur ajouté aux pharmaciens indépendants. Nous nous intéressons notamment au Portugal, à l’Italie et à la Belgique. Ce développement européen constitue l’un de nos axes stratégiques clés pour continuer à nous développer.

Sur un autre plan, le numérique et l’IA constituent désormais des fondamentaux pour le développement des officines. Où en êtes-vous en 2026 ?

D.A. : ce sont, en effet, des sujets très structurants sur lesquels nous restons discrets. Nous ne sommes pas adeptes des effets d’annonce et des coups de communication ! Nous travaillons sur des projets d’IA et continuons d’acculturer nos adhérents et nos équipes. A titre d’exemple, nous avons invité Mounir Majoubi, ancien secrétaire d’État au numérique, à notre dernier séminaire pour partager avec lui son expérience et sa vision.

David Abenhaim (PharmaBest) : "Notre réseau crée sa propre dynamique de croissance"
David Abenhaim, Président du groupement PharmaBest.
©Crédit Patrick Gherdoussi.

PharmaBest reste prudent sur la partie e-commerce. Pourquoi ?

D.A. : nous préférons travailler sur l’omnicanalité et la dimension phygitale de nos activités. Nous défendons le modèle français qui permet de sécuriser au maximum la distribution pharmaceutique et le circuit du médicament. Par ailleurs, la e-pharmacie n’est pas encore mature en France, les freins réglementaires y sont trop importants et le ticket d’entrée est très élevé. Il n’y a pas d’enjeu stratégique à s’engager massivement dans ce canal de vente qui présente aujourd’hui un ROI incertain. En revanche, le site pharmabest.com propose le Click&Collect et oriente les internautes vers les officines de nos adhérents. Certains d’entre eux choisissent néanmoins de développer ce canal et disposent de leur propre site de vente en ligne. Preuve que les pharmaciens PharmaBest gardent toute leur autonomie stratégique !

Le e-commerce n’est donc, en France, ni une menace majeure ni une opportunité stratégique ?

D.A. : pas pour la majorité des pharmacies. La place centrale qu’occupe l’officine physique nous met encore à l’abri d’un risque important de désintermédiation. Certes, certains pharmaciens ont réussi à percer sur ce canal et figurent parmi les leaders de la e-pharmacie, mais ils sont ultra minoritaires. En revanche, il faut rester vigilant et écouter les « signaux faibles ». Je pense notamment à certains laboratoires de cosmétiques ou de compléments alimentaires qui développent leur propre site de vente en ligne ou commercialisent leurs produits sur Amazon. Cette stratégie les met en porte à faux avec le réseau officinal. Il est aussi évident que si Amazon lance une offensive sur le marché de la parapharmacie ou implante son concept de magasin physique sur le sol français, cela changera complètement la donne.

Justement, le modèle officinal reste solide mais son économie est actuellement fragilisée. Comment appréhendez-vous la notion de « pharmacie fragile » ?

D.A. : schématiquement, la fragilité ou la solidité d’une pharmacie est le résultat d’une équation à trois composantes : la taille du CA, la localisation de l’officine et la vision stratégique du ou des titulaires. La majorité des pharmacies dites fragiles réalisent moins de 1 M€ de CA : elles peinent à rembourser leurs dettes et à financer leurs charges d’exploitation. Gérer une pharmacie de petite taille ou de taille moyenne peut rassurer certains pharmaciens mais ils ont plus de difficultés à diversifier leur activité et à développer de nouveaux services. Face à l’aggravation des déficits sociaux et aux tensions sur la dette publique, il est risqué de faire dépendre son activité et ses revenus d’une économie administrée par l’Etat… C’est la raison pour laquelle nous croyons, plus que jamais, à l’effet de taille critique et à la diversification du modèle.

Pour conclure, quelles sont les perspectives de PharmaBest à horizon 2030 ?

D.A. : nous restons optimistes, malgré les pressions économiques qui vont inévitablement se renforcer dans les années à venir. Notre modèle est solide, le pari de la diversification en dehors du médicament est payant et nous démarrons un nouveau chapitre de notre histoire avec l’expansion de notre enseigne en Europe. Il y a dix ans, nous étions 21 grandes pharmacies pour la création de PharmaBest. Fin 2025, nous étions 140 en France et nous prévoyons d’être 185 à horizon 2030, grâce à un rythme d’intégration de 10 à 12 officines par an. Nous sommes armés pour affronter les transformations à venir et saisir les opportunités de développement qui se présenteront !

David Abenhaim (PharmaBest) : "Notre réseau crée sa propre dynamique de croissance"
Stéphanie Verny et Julie Croce, co-titulaires de la pharmacie PharmaBest des Terrasses du Port à Marseille.
©Crédit Patrick Gherdoussi.

La nouvelle pharmacie PharmaBest des Terrasses du Port

Sur une surface commerciale de 950 m2, la pharmacie des Terrasses du Port propose 42 000 références en libre accès et référence 240 marques de parapharmacie et de produits de beauté. Outre des marques sélectives (Clarins, Sisley…), des cosmétiques tendance (Krème, La Rosée…) et une sélection « K-Beauty » (Erborian, Beauty of Joseon…), elle travaille avec des marques locales (La Corvette, Les Collines de Provence…) et propose les MDD PharmaBest (Pharmascience, Pharmascience Beauté, PharmaBaby et Pureté). En plus des deux titulaires, l’équipe se compose de quatre autres pharmaciens, deux préparatrices, deux diététiciennes, six conseillers beauté, sept chargés de logistique et quatre hôtes de caisse (soit 27 collaborateurs). Au total, le transfert et l’agrandissement de la pharmacie ont permis de créer quinze emplois. Ouverte le 13 juillet 2026, cette nouvelle officine est installée au cœur d’un centre commercial à forte fréquentation, proche du Port Marseille Fos et de l’Hôpital Européen Marseille.

David Abenhaim (PharmaBest) : "Notre réseau crée sa propre dynamique de croissance"

Espace d’encaissement dans la pharmacie PharmaBest des Terrasses du Port à Marseille.
©Crédit Patrick Gherdoussi.

L’enseigne PharmaBest en quelques chiffres clés

  • Nombre de pharmacies adhérentes mi-2026 : 147 en France et 24 en Espagne
  • CA prévisionnel à fin 2026 : entre 1,7 et 1,8 Md€ (1,5 Md€ fin 2025)
  • Objectif CA à horizon 2030 : 2 Md€
  • Part relative du hors médicament dans le CA moyen : 56 % fin 2025
  • Superficie moyenne des officines adhérentes : 800 m2
  • MDD : 260 produits représentant 1,8 million d’unités vendues fin 2025 (+ 40 % par rapport à 2024)
  • Implantation géographique : France (54 départements couvrant 14 régions et les DROM) et Espagne

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